Analyse économique des espèces exotiques envahissantes en France (2009-2013)

Les espèces exotiques envahissantes (EEE) sont reconnues au niveau international comme étant l’une des cinq causes majeures de l’érosion de la biodiversité. Quel est le coût et la nature des dommages occasionnés par les EEE en France ? Quelles sont les dépenses menées contre les EEE ? Quelles sont les sources de financement mobilisées pour ces dépenses ? Comment évoluent ces dépenses dans le temps, l’espace et selon les espèces ciblées ? Les résultats de l’enquête menée par le Commissariat général au Développement durable qui a permis de recueillir des données sur la période 2009-2013, viennent d’être publiés.

 l'analyse économique des espèces exotiques envahissantes en France : première enquête nationale (2009-2013) - Analyse économique des espèces exotiques envahissantes en France : première enquête nationale (2009-2013)
L’enquête s’est appuyée sur un questionnaire d’enquête complété par une analyse bibliographique et des entretiens en métropole et en outre-mer, auprès des services de l’État, des collectivités territoriales et de leurs groupements, des établissements publics, des gestionnaires d’espaces naturels, des chercheurs, et des entreprises. Voici le résumé des résultats obtenus :

  1. L’étude d’impact du Règlement (UE) 1143/2014 du Parlement européen et du Conseil du 22 octobre 2014 relatif à la prévention et à la gestion de l’introduction et de la propagation des espèces exotiques envahissantes (EEE) estime à 1 500 le nombre d’EEE sur le territoire de l’Union et à 12,5 milliards d’euros (Md€) par an les coûts induits pour les États membres (dont 9,6 Md€ au titre des mesures de lutte et 2,8 Md€ au titre des dommages occasionnés par ces EEE).
  2. L’enquête du ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie a cherché à évaluer la situation en France (métropole et outre-mer) par le biais d’un questionnaire et d’une analyse bibliographique. Plus de 200 personnes ont été mobilisées au sein des services de l’État, des collectivités territoriales et de leurs groupements, des établissements public s, des gestionnaires d’espaces naturels, des organismes de recherche, des associations et des entreprises.
  3. L’enquête révèle qu’en moyenne, sur la période 2009-2013 : – 19 millions d’euros par an (M€/an) en comptant le temps de travail et les frais de fonctionnement sont dépensés au titre de la gestion des EEE, dont 68 % en outre-mer et 32 % en métropole ;- les dommages occasionnés par les EEE (essentiellement sanitaires) et les impacts résiduels (persistant malgré les actions de gestion) sont estimés à 19 M€/an. Ceci représente un coût total de 38 M€/an, qui apparaît relativement faible, d’une part par rapport à l’estimation de 12,5 Md€ au niveau européen, et d’autre part par rapport à la dépense de protection de la biodiversité et des paysages en France, qui s’élevait à 2,2 Md€ en 2012.
  4. Les répondants à l’enquête ont rapporté la présence de plus de 600 EEE, mais 11 d’entre elles concentrent 58 % des dépenses, soit, dans l’ordre décroissant : le moustique-tigre en métropole et en outre-mer, le cerf de Java et le cochon feral en Nouvelle-Calédonie, les jussies, les élodées, le ragondin et le rat musqué en métropole, le rat, le chat et la souris grise en outre-mer, et les renouées en métropole. Plus de 50 % des dépenses nationales ont lieu sur 3 territoires : la Réunion, la Nouvelle-Calédonie, et les Terres Australes et Antarctiques Françaises.
  5. Les dépenses sont à la hausse entre 2009 et 2013, mais de façon plus marquée en outre-mer, et principalement à cause de la lutte sanitaire contre le moustique-tigre (plus de la moitié des dépenses en 2013).
  6. Les sources de financement sont à 41 % les collectivités locales et agences de l’eau, suivies par l’État à 31 %. De 2009 à 2013, les dépenses du ministère de la Santé ont fortement augmenté (effet moustique-tigre), tandis que les dépenses des ministères de l’Agriculture et de l’Écologie sont restées relativement stables.
  7. Les dépenses les plus élevées par espèce sont principalement justifiées par des dommages à la fois aux activités économiques (nuisances aux infrastructures, pertes agricoles, sylvicoles…) et à la biodiversité, ainsi que par des dommages sanitaires. Il n’a pas été possible d’isoler la proportion de dépenses justifiées par les seuls dommages à la biodiversité, alors que les EEE sont reconnues au niveau international comme l’une des 5 causes majeures de son érosion.
  8. Les principaux impacts résiduels évoqués sont le surcoût pour la protection des espèces et des espaces naturels.
  9. Les impacts positifs évoqués sont essentiellement la production de bois et de plantes ornementales, avec plus de 30 plantes citées par le secteur horticole.
  10. La plupart des EEE qui sont les plus coûteuses aujourd’hui ont été introduites de façon volontaire, à l’exception notable du moustique-tigre, de l’ambroisie, du frelon asiatique et de plusieurs champignons.

Commentaires (3)

  1. nicole

    les plus avancées des études (pas forcément officielles ….. ) sont plus modérées quant aux plantes dites envahissantes et qui, comme le dit JPP , sont assez opportunistes …. comme pour la faune, l’équilibre se crée par la prédation; si notre flore est assez solidement implantée, les EEE n’auront pas un terrain favorable ! de plus, il faut compter un certain temps pour que les nouveaux venus trouvent leur prédateur (pour exemple, il semblerait que les problèmes de la mouche du poireau et des trips commencent à reculer ) , et détruire totalement (pour autant que ce soit possible) les EEE n’amènerait qu’à rendre impossible la révélation de ces prédateurs, et ce serait alors une lutte sans fin ….. comme toujours, la généralisation que notre pays cartésien ne peut renoncer à pratiquer, cette généralisation des modes de « lutte » n’est vraiment pas la meilleure des façons d’arriver à un équilibre ……

  2. Josette

    Un peu savant pour moi mais si on enlève toutes les plantes qui viennent d’ailleurs ça va être un peu vide…..

    Je me souviens d’avoir lu que beaucoup de plantes étaient arrivées par les trains. Peut être que le buddléia en fait partie. Pour certains endroits je préfère des plantes dites invasives au désert comme l’était devenu mon coin de l’Essonne. Les haies avec mures, prunelles, etc arrachées, brûlées, des grandes plantes ont pris la place. CQFD !

  3. jpp

    Il n’y a pas de plantes envahissantes. Il n’y a que des milieux dégradés (en général par l’homme) où elles trouvent un terrain d’accueil.

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