Colloque « Henri et Achille Duchêne : Prince des jardiniers, jardiniers des princes »

Les Journées Henri et Achille Duchêne se tiendront les 12 et 13 novembre 2015 au Musée des Arts décoratifs à Paris et se poursuivront le 14 novembre 2015 aux châteaux de Champs-sur-Marne et de Vaux-le-Vicomte. Elles réuniront plus de 25 intervenants, français et étrangers, spécialistes reconnus de leur sujet.

Musée des arts décoratifs, Paris (75)
Le but de ces journées d’étude est à la fois de faire un point des connaissances sur les figures d’Henri et d’Achille Duchêne, mais aussi d’apporter des réponses aux problèmes techniques qui se posent aux propriétaires et responsables de jardins, tant en matière de restauration, de financement que de communication.

Les jardins des architectes-paysagistes Henri et Achille Duchêne sont devenus de véritables icônes de l’histoire de l’art, qu’il s’agisse du parc de Chaumont-sur-Loire ou des parterres de Champs-sur- Marne, des précieuses broderies du parc de Vaux-le-Vicomte ou, encore, du parterre d’eau créé devant la grande façade baroque du palais de Blenheim en Angleterre.

L’œuvre foisonnante des Duchêne, qu’elle soit d’Henri (1841-1902) ou de son fils Achille (1866-1947), qu’elle soit commune aux deux hommes ou la création d’un seul, montre, encore aujourd’hui, toute son inventivité et sa modernité. Ces créations démontrent la parfaite connaissance de l’art des jardins et des « diverses branches des arts décoratifs » par Henri et Achille Duchêne mais aussi les profondes mutations esthétiques qu’ils ont apporté à l’art des jardins de la fin du XIXe siècle aux premières décennies du XXe siècle. Reste à découvrir ou à redécouvrir leur travail exceptionnel.

Le programme des Journées Henri et Achille Duchêne
La journée du jeudi 12 novembre propose de découvrir la personnalité d’Henri et d’Achille Duchêne, de les comprendre aussi bien en tant qu’acteurs-créateurs de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, qu’en tant qu’héritiers d’une longue généalogie formelle, spécifique à l’art des jardins français. Connaître les débuts de la carrière d’Henri Duchêne, au sein du prestigieux Service des Promenades et Plantations de la ville de Paris, permettra de mieux appréhender le cheminement intellectuel et les choix esthétiques de celui dont on a trop minoré jusqu’ici le rôle. Analyser une partie du corpus des dessins de l’agence des Duchêne, tout en identifiant les différents styles de ses collaborateurs, devrait révéler l’extraordinaire capacité d’invention d’artistes que l’on a un peu rapidement rangé sous l’étiquette de « restaurateurs du jardin à la française ». Dépasser les frontières françaises pour visiter leurs nombreuses réalisations dans les pays du nord de l’Europe et le château de Nordkirchen, le Versailles allemand, autorisera à poser les bases d’une reconnaissance de l’aura véritablement internationale de l’œuvre des Duchêne.

Le vendredi 13 novembre, seconde journée, est consacrée à apporter des réponses concrètes et vécues aux problèmes techniques qui se posent aux propriétaires et responsables de jardins, tant en matière de restauration, de financement que de communication.

La salle de conférence des Arts Décoratifs est située au niveau -1 du pavillon Marsan.
Les Arts Décoratifs, 111, rue de Rivoli, 75001 Paris.
Métro : Lignes 1 et 7, station Palais Royal-Musée du Louvre; lignes 7 et 14, station Pyramides.
Bus : lignes 21, 27, 39, 48, 68, 72, 81, 95.
Parking : Carrousel du Louvre, rue des Pyramides.

Le samedi 14 novembre, troisième journée, se déroule dans les jardins des châteaux de Champs-sur-Marne et de Vaux-le-Vicomte. Elle permet d’appréhender de manière concrète la façon de travailler d’Henri et d’Achille Duchêne mais aussi la manière de sauvegarder et d’entretenir un patrimoine paysager exceptionnel mais, ô combien, fragile.

Château de Champs-sur-Marne (jardin restauré par Henri Duchêne)
31 rue de Paris, 77420 Champs-sur-Marne.
Tél. : + 33(0) 1 60 05 24 43.
Château et parc ouvert toute l’année.
http://champs-sur-marne.monuments-nationaux.fr/

Château de Vaux-le-Vicomte (jardin restauré par Achille Duchêne)
77950 Maincy
Tél : +33 (0)1 64 14 41 90.
Ouvert tous les jours du 8 mars au 8 novembre de 10h à 18h.
www.vaux-le-vicomte.com

Henri Duchêne
Henri Duchêne est né, à Lyon, en 1841.

En 1862, Henri Duchêne débute sa carrière en tant que « chef des études » au Service des Promenades et Plantations de la ville de Paris où il travaille à la création de squares, jardins et parcs de la capitale. Parallèlement à ses tâches dans l’administration, il crée et restaure des jardins privés, ce qui l’amène à quitter son emploi à la ville de Paris et à fonder sa propre agence dans les années 1880. Ingénieur, architecte, paysagiste, Henri Duchêne collabore avec l’architecte Ernest Sanson qui lui donne accès à la haute société : grands industriels, membres de la noblesse française et européenne, banquiers deviennent ses clients. Les propriétaires d’hôtels particuliers à Paris et de grands domaines à la campagne, en France et à l’étranger, lui confient aussi bien la restauration, la reconstitution de leurs parcs historiques, la création ex nihilo de vastes jardins que la construction ou la rénovation de leur château, tant en France, en Belgique, qu’en Angleterre.

Henri Duchêne « se donne pour but, dès le début de sa carrière privée, de ramener l’art des Parcs et Jardins à l’architecture, c’est-à-dire au style français. »
Après l’aménagement de grands parcs paysagers comme à Chaumont-sur-Loire ou à La Jumellière, Henri Duchêne propose, en accord ses commanditaires, un véritable retour à la grande tradition des jardins français du XVIIe siècle, ceux de l’époque de Louis XIV liés à la figure emblématique d’André Le Nôtre.
Henri Duchêne rétablit les parterres français de Champs-sur-Marne, crée ceux du jardin d’Albert Khan, dessine les parcs de Mennetou-Salon, Francport, Saint- Hubert, Millemont, Bois-Baudran, Condé sur-Iton, Gruuthuse (Belgique), crée les parcs et construit ou rénove les châteaux d’Anjou, Joyeux, Esher (Angleterre), Baudries (Belgique)… pour ne citer que quelques exemples.

Pour Henri Duchêne, un parc est « un véritable document du passé. Tous les éléments décoratifs du parc à la Française (grande perspective, terrasses, Perrons, bassins, broderies de buis, statues, vases, motifs de treillages, etc.) concourent à l’effet général et témoignent de l’influence que M. Duchêne est arrivé à avoir sur le goût de ceux qui possèdent la grande propriété. »

Cependant, cantonner les Duchêne à quelques parterres réguliers serait méconnaître leur œuvre et leur apport à l’art paysager. Le parc à la française, pour Henri et Achille Duchêne peut se composer, certes, de parterres réguliers mais ils ne seront qu’une simple partie dans un tout beaucoup plus vaste qu’est le parc arboré, aux multiples vues et effets de surprise, où tennis, piscine, ferme auront leur place. Il est difficile, aujourd’hui, d’apporter des précisions sur la datation exacte des chantiers et le rôle respectif d’Henri et d’Achille Duchêne dans la création des jardins ainsi que sur le fonctionnement de leur agence.

C’est à quoi les recherches dans le cadre des Journées Henri et Achille Duchêne s’emploieront.

Achille Duchêne
Achille Duchêne est né à Paris en 1866.

Il intègre très tôt l’agence paternelle et, dès l’âge de douze ans, y fait ses classes, participant à tous les travaux. Achille Duchêne a attaché son nom à quantité de créations et de restaurations de parcs dont les plus fameuses restent : Breteuil, Courances, Vaux-le-Vicomte, Le Marais, Voisins, Blenheim, de jardins de villes, tels ceux de Matignon ou de la Maison de l’Amérique latine, à Paris, mais aussi à des constructions et des rénovations d’hôtels particuliers et de châteaux. Peu de pays étrangers ne l’ont pas accueilli : Achille Duchêne fut appelé aux Etats Unis d’Amérique, en Argentine, en Russie, en Roumanie, en Belgique, en Angleterre, en Espagne, en Autriche…

L’historien des jardins, Ernest de Ganay analyse son art avec justesse : « Il faut admirer ce sens si averti qu’il a témoigné de l’art du passé, que cependant il se gardait bien de copier servilement : il l’appelait seulement au service d’une restauration sans défaut. Il ne faudrait pas croire, en effet, que ce grand artiste fut un pasticheur ; dans plus d’un jardin, il a su interpréter comme il convenait l’art régulier en l’adaptant au temps présent. »

L’exemple même de l’immense chantier de Voisins, mené en étroite collaboration avec le propriétaire du lieu, le comte de Fels. On se trouve confronté à un genre particulier de création, que l’on peut dire de « spéculation historique », puisqu’il s’agit, en effet, de mettre en œuvre le « style Louis XVII », un dernier avatar du style régulier, réduit à une sorte d’épure, tendant vers l’abstraction la plus parfaite. Le parc, très bien conservé de nos jours, témoigne du génie d’Achille Duchêne qui tient pour une large part à son intelligence aiguë de la topographie, à sa parfaite maîtrise technique ainsi qu’à sa capacité de mettre sa vaste culture historique au service d’inventions proprement modernes.

On retrouvera cette même force d’innovation spatiale dans l’une de ses créations les plus originales : l’aménagement d’un site exceptionnel – aujourd’hui disparu – Le Tréport Terrasse qui, grâce à l’arrivée du chemin de fer en 1873, devait devenir l’une des villégiatures les plus à la mode de la côte normande.

A Vaux-le-Vicomte, chef-d’œuvre de l’architecte Louis Le Vau, du peintre Charles Le Brun et du jardinier André Le Nôtre, là encore, on fait appel à Achille Duchêne pour restaurer cette propriété abandonnée. « Ce fut Achille Duchêne que l’on appela pour parfaire l’incomparable restitution des jardins de Vaux, et c’est ce même architecte qui rendit au grand Parterre les broderies de buis, aux superbes rinceaux, qui, dès le XVIIIe siècle, avaient fait place à des pièces de gazon bordées de bandes de fleurs, suivant la mode de l’époque, où la décoration de buis était tombée en défaveur. Nous ne saurions faire un plus grand éloge des jardins de Vaux, si nous disions que, à parcourir ces parterres, à visiter ces cascades, nul ne pourrait se douter que ces lieux aient jadis été abandonnés, puis restaurés : ils semblent n’avoir jamais faibli et paraissent véritablement sortis d’hier des mains de Le Nôtre. »

Achille Duchêne, à la suite de la guerre de 1914-1918 et des changements radicaux intervenus dans la vie de ses commanditaires, constate que les projets paysagers de la haute société se raréfient. Dans divers textes, dont Les jardins d’hier, d’aujourd’hui et de demain, il affirme qu’il n’y a plus d’avenir pour les « grands parcs aristocratiques » et qu’il faut désormais concevoir des jardins plus petits et plus facile d’entretien. Il y livre sa conception de nouveaux types de parcs, comme le jardin social.

En même temps, Achille Duchêne s’impose des thèmes paysagers et crée, à cette occasion, une série de très beaux dessins spectaculaires, conservés au Cabinet des Arts graphiques du Musée des Arts décoratifs, tel Théâtre de verdure à l’intérieur d’un cratère en Islande.

Ernest de Ganay qui avait l’habitude d’accueillir en public Achille Duchêne en disant « Voici, le Prince des Jardiniers » rappelle le rôle des Duchêne : « Ils avaient tracé la voie, ou plutôt remis le jardin français dans sa vraie voie, la voie de la tradition, reprenant l’ancienne formule pour rétablir autour des anciennes demeures qui en avaient été dépouillées. Une fois ces jardins restaurés, la leçon apparaissait, désormais vivante, et l’évolution du style devait naturellement se produire, puisqu’elle partait de sa base, condition sans laquelle tout art nouveau risque d’être mort-né… Il n’est point paradoxal d’affirmer que c’est grâce à cette réaction que nous devons actuellement le progrès de l’art des jardins, nettement affirmé depuis quelques lustres. Toute une école nouvelle compose aujourd’hui les plus ingénieux et les plus fantaisistes à la fois des jardins modernes. »

L’association Duchêne
Association des amateurs et des propriétaires de jardins, maisons et châteaux dessinés, construits ou restaurés par les architectes-paysagistes Henri (1841-1902) et Achille Duchêne (1866-1947). Association, à but non lucratif, reconnue d’intérêt général déclarée par application de la loi du 1er juillet 1901 et du décret du 16 août 1901. Fondée le 12 novembre 2014.

Siège :
Musée des Arts Décoratifs
107, rue de Rivoli
75001 Paris
Tél. : + 33 (0) 1 44 55 57 50
&
Société Nationale d’Horticulture de France
84, rue de Grenelle
75007 Paris
Tél. : + 33 (0) 1 44 39 78 78

Courriel : info@haduchene.com
Site Internet : www.haduchene.com

Au terme d’une longue période de négligence, voire d’oubli, les années 1980 ont été marquées en France par un renouveau d’intérêt pour l’histoire et l’art des jardins traduit, entre autres, par le lancement des pré-inventaires, à l’initiative des ministères de l’Équipement (aujourd’hui Environnement) et de la Culture.

Cette opération de recensement des parcs et jardins « d’intérêt historique, botanique et paysager »de notre pays a permis de redécouvrir un « vert patrimoine », souvent méconnu, extrêmement riche et divers. Mais au-delà de ces milliers de lieux revisités, les chercheurs ont identifié un grand nombre de concepteurs oubliés ou mal connus : jardiniers, dessinateurs de jardins, architectes et paysagistes dont il s’agit de retracer la carrière et la manière de travailler. Un vaste chantier s’est donc ouvert, appelant des réponses appropriées, afin de sauvegarder ce patrimoine exceptionnel.

Ainsi l’Association Duchêne, Association des amateurs et des propriétaires de jardins, maisons et châteaux dessinés, construits ou restaurés par les architectes- paysagistes Henri (1841-1902) et Achille Duchêne (1866-1947), reconnue d’intérêt général, a été fondée le 12 novembre 2014 pour étudier et mieux faire connaître l’œuvre des architectes-paysagistes Henri (1841- 1902) et Achille Duchêne (1866-1947), mais aussi pour aider les propriétaires de jardins, maisons et châteaux qu’ils ont dessinés, aménagés ou construits à les préserver, valoriser et restaurer. Ce projet culturel a pour but de réunir et faire travailler ensemble les amateurs, les propriétaires et les spécialistes, français et étranger, afin de rassembler le maximum de connaissances sur ces deux grandes figures de l’art paysager, d’apporter des réponses aux propriétaires et de permettre la sauvegarde de ce patrimoine paysager exceptionnel. L’Association souhaite aussi, à travers des manifestations culturelles et éducatives, sensibiliser les jeunes, les étudiants, les spécialistes et le grand public à l’art des jardins français. Elle est ouverte à tous ceux qui, passionnés par ces « monuments vivants » que sont les parcs et les jardins, ont envie de partager et d’agir pour leur connaissance et leur sauvegarde.

Commentaires (3)

  1. Josette

    Bel article que j’ai copié.et la vidéo est un plaisir en plus même si je connais.. J’ai visité Vaux Le Vicomte plusieurs fois.

  2. jpp

    Tout est dans le mot « pelouses » . Aux Buttes-Chaumont , il n’y avait pas à l’origine de gazon mais bel et bien des prairies fauchées à la faux. Dans « l’art des jardins » , Edourad André décrit les mélanges de graminées employées : rien à voir avec les monocultures actuelles !

  3. Josette

    Bien, ce matin c’est Culture et j’apprécie de découvrir un peu plus ces personnages.

    Je me pose toujours cette question : comment faisait-on autrefois pour tondre les pelouses alors qu’il n’y avait pas de tondeuses thermiques. Le système mécanique de base ou à la cisaille à main ? Mazette quel boulot ! Il est vrai que trouver du personnel n’était pas un problème et encore mois les salaires ….

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