La biodiversité francilienne n’échappe pas à l’érosion observée au niveau national : encourageons le développement du vivant en modifiant nos pratiques !

Les troisièmes rencontres naturalistes d’Île-de-France ont été l’occasion pour Natureparif de dresser un nouveau bilan de l’état de santé de la biodiversité en Île-de-France, un an après la parution des premiers indicateurs régionaux. Et cette année 2011, plus qu’un état des lieux, c’est la capacité de reconquête du vivant que l’agence régionale pour la nature et la biodiversité en Île-de-France a souhaité analyser en proposant quelques indicateurs de résilience soigneusement sélectionnés. Cette faculté de la nature à retrouver un fonctionnement et un développement normal après d’importantes perturbations a été explorée à travers de 5 grands groupes d’espèces : les oiseaux, les papillons, les chauves-souris, les escargots et les végétaux.

La situation des oiseaux de la Région se confirme : une régression des effectifs est constatée sur l’ensemble des groupes, exceptées les espèces spécialistes du bâti. Plus inquiétant encore, alors que les effectifs de l’ensemble des espèces observées en France augmentent au niveau national, ceux-ci baissent en Île-de-France.

On s’aperçoit également qu’il est souvent difficile pour la biodiversité de s’approprier le milieu urbain (comme la diminution du parasitisme de la piéride du chou en ville), mais qu’une reconquête de celui-ci par le vivant est possible si nous changeons nos pratiques et laissons faire la nature.

C’est notamment le cas dans les jardins privés, où les données recueillies par les participants de l’Observatoire des jardins ont permis de prouver que plus de naturalité (présence de « mauvaises herbes » et de friches ou d’espaces laissés libres), une offre nectarifère élevée et pas de pesticides, permettaient aux citoyens d’accueillir plus de papillons et d’escargots dans leurs jardins, même au cœur des villes.

Pour finir, les milieux agricoles et forestiers franciliens se montrent moins accueillants pour les oiseaux (plus de la moitié des espèces menacées le sont dans ces deux types de milieux), et les végétaux que ces mêmes milieux au niveau national. En ce qui concerne les chauves-souris, on s’aperçoit ici aussi que les pratiques et le paysage ont beaucoup d’influence : elles se développent mieux dans les boisements constitués d’arbres anciens (quatre fois plus de Noctules de Leisler dans les boisements avec des arbres de plus de 50 cm de diamètre) et sur les parcelles agricoles séparées physiquement par des haies (deux fois plus d’individus).

Cette étude démontre donc que la biodiversité francilienne n’échappe pas à l’érosion observée au niveau national et met en lumière l’importance de changer notre rapport à la biodiversité et nos pratiques : plus de laisser faire, pour favoriser la résilience et encourager le développement du vivant !

En 2010 : un premier bilan

Que ce soit en ville, dans les forêts ou les milieux agricoles, l’Île-de-France se révèle moins accueillante pour la vie sauvage (chauves-souris, papillons et oiseaux) que des milieux de même nature ailleurs en France. Si au niveau national, les espèces généralistes sont les seules à profiter des changements en cours, ce n’est pas le cas dans notre région pour les oiseaux. Chez ces derniers, les généralistes, comme les spécialistes des milieux agricoles ou forestiers déclinent. Seules les espèces spécialistes du bâti semblent s’accommoder de la situation.

Les oiseaux en île-de-France en 2011

L’indicateur STOC s’organise autour de quatre grandes tendances :

  • celles des communautés d’oiseaux spécialistes des milieux forestiers, agricoles et bâtis,
  • et celle du groupe des espèces ne montrant aucune préférence particulière pour l’un ou l’autre de ces habitats : les espèces généralistes.

Chaque année sont ainsi publiées les tendances de chacun de ces groupes, calculées à partir des comptages réalisés par des centaines de bénévoles parcourant nos villes, campagnes et forêts. Parce que le volume des données est très important et les calculs statistiques complexes, la dernière tendance disponible concerne toujours l’année précédente. Ainsi, nous disposons pour cet état de santé régional des tendances de 2001 à 2010. En Île-de-France, près de 62000 données d’observations d’oiseaux collectées sur cette période par les participants ont été mobilisées pour produire les tendances de ces quatre groupes. Cette quantité représente 3,8% des 1 600 000 données collectées à l’échelle nationale pendant cette même période alors que l’Île- de-France couvre 2% du territoire.

À l’instar des années précédentes, à l’échelle nationale, ce sont les espèces généralistes qui voient leurs effectifs augmenter le plus. Ce phénomène d’homogénéisation des populations d’oiseaux, où dans tous les milieux, on finit par retrouver les mêmes espèces, au détriment de celles qui les caractérisaient autrefois, est communément considéré comme l’un des signes forts de l’érosion de la biodiversité à grande échelle. On ne constate pas alors d’extinction de telle ou telle espèce, mais plutôt de fortes diminutions de populations d’espèces spécialisées auxquelles se substituent d’autres espèces capables de s’adapter partout.

Les facteurs influençant les populations d’oiseaux commencent à être mieux connus. Outre les grands changements de pratiques, en agriculture ou en sylviculture, affectant fortement les milieux et entrainant la destruction de certains habitats, notamment les zones humides, les analyses mettent en évidence l’impact du réchauffement climatique. Ainsi, les espèces affectées par les changements locaux sont aussi celles qui semblent souffrir le plus de l’élévation de température et notamment des printemps secs, principalement parce qu’elles montrent des difficultés à s’adapter à ces nouvelles conditions en ajustant leur répartition.

Au niveau national, entre 2001 et 2010, le groupe des espèces généralistes présente un taux d’accroissement de 36%, soit plus de deux fois plus que celles de tous les groupes de spécialistes ! Dans le même temps, si les espèces forestières et spécialistes du bâti croissent respectivement de 13 et 17%, les espèces de milieux agricoles perdent 13% de leurs effectifs.

La situation est très différente en Île-de-France. Dans notre région fortement urbanisée, seules les espèces spécialistes du bâti voient leurs effectifs croître de 2001 à 2010.

Ainsi, le groupe d’espèces spécialistes des milieux forestiers affichent une baisse. Plus étonnant, les espèces généralistes, dont la particularité est de s’adapter facilement à tous les milieux, enregistrent elles aussi une baisse de 2%. C’est le cas des mésanges bleues et charbonnières, qui, alors qu’elles croissent respectivement en France de plus de 40% et 30% de 2001 à 2010, affichent un très léger déclin dans notre région. Les espèces spécialistes des milieux agricoles baissent dans la même proportion en Île-de-France qu’au plan national. Les espèces spécialistes du bâti constituent le seul groupe à afficher une évolution positive, et plus particulièrement le Martinet noir ou la Pie bavarde. Ces tendances confirment celles relevées en 2010.

Enfin et surtout, aucune espèce ne présente des tendances en Île-de-France supérieures à ce qui se passe au niveau national. Tandis que l’ensemble des espèces composant ces groupes au niveau national voient leurs effectifs augmenter de 12% en moyenne, elles diminuent de 5% en région Île-de-France.

La naturalité au jardin
Parmi les diverses questions permettant de décrire les jardins, 4 sont considérées comme révélatrices du degré de naturalité de chaque jardin. Trois concernent des plantes communément qualifiées de « auvaises herbes » dans le contexte d’un jardinage classique : ortie, lierre et ronce. Leur présence peut donc être associée à une forme de laisser faire de la vie sauvage. Enfin, une dernière question, beaucoup plus directe, concerne la présence de friches ou d’espaces laissés libres. Un point est accordé par réponse positive à chacune de ces questions et le score, correspondant au degré de naturalité du jardin, est mis en relation avec l’abondance de chacune des espèces individuellement d’une part et avec l’ensemble des individus signalés d’autre part.

Le résultat est très significatif pour les papillons: pour une espèce sur deux, (Le Tabac d’Espagne, le Procris, le Moro-sphinx, le Myrtil, le Tircis, le Robert-le-diable, la Belle-dame, les lycènes bleus, les Citrons, le groupe des demi- deuils, les hespérides orangées, l’Aurore, les Mégères, le groupe des Soucis/fluorés) et pour toutes les espèces prises ensemble un effet positif est noté. L’abondance de ces espèces ou l’abondance en individu augmente dès lors que l’indice de naturalité augmente. Aucune espèce n’est pénalisée, c’est-à-dire voit son abondance diminuer lorsque l’indice de naturalité augmente. On constate le même phénomène chez les escargots. On compte presque deux fois plus d’espèces dans les jardins répondant aux critères de naturalité décrits ci-dessus.