Exposition Nous les arbres, Fondation Cartier pour l'art contemporain, Paris 14e (75), juillet à novembre 2019

Réunissant une communauté d’artistes, de botanistes et de philosophes, la Fondation Cartier pour l’art contemporain se fait l’écho des plus récentes recherches scientifiques qui portent sur les arbres un regard renouvelé. Organisée autour de plusieurs grands ensembles d’œuvres, l’exposition « Nous les arbres » laisse entendre les voix multiples de ceux qui ont développé, à travers leur parcours esthétique ou scientifique, un lien fort et intime avec les arbres, et qui mettent en lumière la beauté et la richesse biologique de ces grands protagonistes du monde vivant aujourd’hui massivement menacés.

Après avoir été longtemps sous-évalués par la biologie, les arbres – comme l’ensemble du règne végétal – ont fait l’objet, ces dernières décennies, de découvertes scientifiques qui permettent de porter un nouveau regard sur ces plus anciens membres de la communauté des vivants. Capacités sensorielles, aptitude à la communication, développement d’une mémoire, symbiose avec d’autres espèces et influence climatique : la révélation de ces facultés invitent à émettre l’hypothèse fascinante d’une « intelligence végétale » qui pourrait apporter des éléments de réponse à bien des défis environnementaux actuels. En résonance avec cette « révolution végétale », l’exposition Nous les Arbres croise les réflexions d’artistes et de chercheurs, prolongeant ainsi l’exploration des questions écologiques et de la relation de l’homme à la nature, qui habite régulièrement la programmation de la Fondation Cartier.

Un parcours avec trois fils narratifs

Rythmé par plusieurs corpus de dessins, peintures, photographies, films et installations d’artistes d’Amérique latine, d’Europe, des États-Unis, mais également d’Iran, ou encore de communautés indigènes comme les Nivaklé et Guaranídu Gran Chaco, au Paraguay, ainsi que les Indiens Yanomami qui vivent au cœur de la forêt amazonienne, le parcours de l’exposition déroule trois fils narratifs :

  • la connaissance des arbres – de la botanique à la nouvelle biologie végétale – ;
  • leur esthétique – de la contemplation naturaliste à la transposition onirique – ;
  • leur dévastation – du constat documentaire au témoignage artistique.

Orchestré avec l’anthropologue Bruce Albert, qui accompagne la curiosité de la Fondation Cartier depuis l’exposition Yanomami, l’esprit de la forêt (2003), le projet s’articule autour de personnalités qui ont développé une relation singulière aux arbres, quelle soit intellectuelle, scientifique ou esthétique.
Ainsi, le botaniste Stefano Mancuso, pionnier de la neurobiologie végétale et défenseur de la notion d’intelligence des plantes, cosigne avec Thijs Biersteker une installation qui « donne la parole » aux arbres. Grâce à une série de capteurs, leurs réactions à l’environnement ou à la pollution, le phénomène de la photosynthèse, la communication racinaire ou l’idée d’une mémoire végétale rendant visible l’invisible, sont révélés.
Au nombre également de ces grandes figures qui construisent le propos de l’exposition, le botaniste-voyageur Francis Hallé, dont les carnets de planches conjuguent l’émerveillement du dessinateur face aux arbres et la précision de l’intime connaissance du végétal, se fait le témoin de la rencontre entre la science et le sensible.
Au cœur de la pensée de l’exposition, la relation de l’homme et de l’arbre devient le sujet du film de Raymond Depardon qui brosse, à travers les mots de ceux qui les côtoient, le portrait de ces platanes ou de ces chênes qui ombragent les places des villages et auxquels sont associés nombre de souvenirs, des plus personnels aux plus historiques.
Artiste-semeur – il a planté quelque 300 000 graines d’arbres dans sa vallée vendéenne –, Fabrice Hyberoffre dans ses toiles une observation poétique et personnelle du monde végétal, interrogeant les principes de crois-sance en rhizome, d’énergie et de mutation, de mobilité et de métamorphose.
Guidé davantage par l’esthétique d’une collecte intuitive que par la recherche d’une rigueur scientifique, l’artiste brésilien Luiz Zerbini compose des paysages luxuriants, organisant la rencontre imaginaire d’arbres empruntés à des jardins botaniques tropicaux et de signes d’une modernité urbaine.
À cette exubérance picturale répond l’inventaire conceptuel et systématique de l’architecte Cesare Leonardiqui dresse, avec la complicité de Franca Stagi, une typologie des arbres, de leurs ombres et de leurs variations chromatiques, en un précieux corpus réuni en vue de la conception de parcs urbains.
Les silhouettes fantomatiques des grands arbres de Johanna Calle symbolisent, avec poésie et délicatesse, la fragilité de ces géants menacés par une déforestation irréversible.
Au drame de la destruction des vastes espaces forestiers de la planète, évoqué notamment par le film EXIT des architectes Diller Scofidio + Renfro, succède l’univers onirique de la cinéaste paraguayenne Paz Encina qui propose une image intériorisée de l’arbre comme refuge de la mémoire et de l’enfance.

Dans le jardin de la Fondation Cartier

Créé en 1994 par l’artiste Lothar Baumgarten pour la Fondation Cartier, le jardin prolonge naturellement l’exposition et invite à une flânerie. Ces arbres, comme le majestueux cèdre du Liban planté par Chateaubriand en 1823, ont inspiré à Jean Nouvel une architecture de reflets et de transparence, jouant sur le dialogue entre l’intérieur et l’extérieur, et faisant naître des « émotions furtives ».
Niché dans la végétation tel un double discret de la nature, gardant sur son tronc la trace de la main de l’artiste, l’arbre de bronze de Giuseppe Penonea trouvé sa place dans le jardin de la Fondation Cartier, qui accueille à l’occasion de l’exposition la sculpture qu’Agnès Varda avait spécialement imaginée pour ce projet. Enfin, à l’automne, le Theatrum Botanicum deviendra, le temps d’une semaine, le support naturel d’une installation vidéo réalisée par Tony Oursler.

Rendant à l’arbre la place que l’anthropocentrisme lui avait soustraite, « Nous les Arbres » réunit les témoignages, artistiques ou scientifiques, de ceux qui portent sur le monde végétal un regard émerveillé et qui nous révèlent que, selon la formule du philosophe Emanuele Coccia, « il n’y a rien de purement humain, il y a du végétal dans tout ce qui est humain, il y a de l’arbre à l’origine de toute expérience. »

À l’occasion de l’exposition « Nous les Arbres », le site Internet jardin.fondationcartier.com – dédié à la faune et à la flore du jardin de la Fondation Cartier, véritable exemple de biodiversité urbaine – s’enrichit d’une carte interactive et d’une page consacrée à chacune des 24 essences d’arbres qui l’habitent. Ces informations seront accessibles via des QR codes que le visiteur pourra flasher dans le jardin.

Deux ouvrages exceptionnels

À l’occasion de l’exposition « Nous les Arbres », la Fondation Cartier pour l’art contemporain publie deux ouvrages exceptionnels.

Nous les Arbres, catalogue de l’exposition, Fondation Cartier pour l'art contemporain, Paris (75), juillet à novembre 2019

Nous les Arbres
Catalogue de l’exposition
Le catalogue propose de découvrir toutes les œuvres exposées à travers près de 500 images ainsi qu’un vaste ensemble de contributions scientifiques et critiques. Associant les œuvres et les écrits de peintres, photographes, architectes, sculpteurs, philosophes, botanistes et spécialistes en climatologie, cet ouvrage dévoile la beauté, l’ingéniosité et la richesse biologique des arbres, et plonge le lecteur dans le monde fascinant de ces grands protagonistes du monde vivant.
Versions française et anglaise. Relié, 24 × 31,5 cm, 376 pages. Prix : 49 €. 

L’Architecture des arbres, Édition Fondation Cartier pour l’art contemporain, textes de Cesare Leonardi et Franca Stagi, contributions d'Andrea Cavani, Giulio Orsini, Laura Conti et Augusto Pirola

Cesare Leonardi et Franca Stagi, L’Architecture des arbres
Un livre de référence sur les arbres
L’Architecture des arbres est un livre hors normes, le résultat d’une étude botanique légendaire réalisée pendant plus de vingt ans par les architectes italiens Cesare Leonardi et Franca Stagi, initialement destinée à la création de parcs. Réunissant un ensemble de plus de 550 dessins de 212 espèces d’arbres, tous dessinés à l’échelle 1/100, cette étude esthétique et scientifique originellement publiée en 1982 constitue un ouvrage de référence destiné aux architectes, pay-sagistes et designers, ainsi qu’à tous ceux qui sont fascinés par les arbres dans leur infinie variété.
Version française. Relié, 25,5 × 38 cm, 424 pages. Prix : 95 €.

Informations pratiques

Exposition « Nous les arbres »
Du 12 juillet au 20 novembre 2019

Fondation Cartier pour l’art contemporain
261, boulevard Raspail, 75014 Paris.

Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 20h.
Nocturne le mardi jusqu’à 22h. Fermeture le lundi.
Tél. : +33 1 42 18 56 50.