Les espaces publics passent au vert

Toit végétalisé du Palais de Chaillot, Paris 16ème (75), création Les Jardins de Gally
Les Jardins de Gally ont dévoilé mardi dernier les résultats de l’enquête BVA sur la végétalisation des espaces accueillant du public. Simple tendance esthétique ou véritable prise en compte des bienfaits de la nature par les Français ? Xavier Laureau, Directeur des Jardins de Gally, était entouré de Céline Bracq (BVA), Jérôme Le Grelle (Convergences – CVL) et Alain d’Iribarne (Directeur de recherche au CNRS).

Centres commerciaux, gares, aéroports, hôpitaux : les lieux accueillant du public se végétalisent. Simple tendance esthétique ou véritable prise en compte des bienfaits de la nature sur les citoyens ? Les Jardins de Gally, spécialistes de la nature urbaine, ont dévoilé les résultats de leur première enquête BVA Opinion et analysent les raisons profondes de cette envie de vert.

Pour 7 Français sur 10, aller au centre commercial est synonyme de contrainte.
Les centres commerciaux ont beau offrir de plus en plus de choix et de services, ils restent, pour une grande majorité de Français, associés avant tout à la notion d‘obligation. Car, en effet, « il faut bien faire les courses »… répondent les Français. Ainsi, moins de 30% des personnes interrogées associent le fait d’aller au centre commercial à une sortie ou à une occasion de se distraire.
Seuls les 15-­34 ans se distinguent notablement de cette tendance, voyant pour 42% d’entre eux, une visite au centre commercial comme une véritable « sortie », parfois même un lieu de rendez-­vous.
Les Français ont ainsi, et non seulement, une vision très utilitariste de ce type de lieux mais ils les jugent également bruyants (90%) et stressants (72%). Enfin, si la foule semble être le meilleur symbole du centre commercial (9 Français sur 10 l’associent à ce mot), les notions de bien-­être et de nature paraissent totalement incongrus lorsqu’on les associe à ce type d’endroit.

Plus de 8 Français sur 10 estiment qu’il n’y a pas suffisamment d’espaces verts dans les centres commerciaux.
Loin d’être synonyme de superflu ou de gaspillage, la végétalisation des espaces publics est largement plébiscitée. Au-delà de l’aspect décoratif (74%), près d’1 personne sur 2 associe  l’installation d’espaces végétalisés dans un espace public au bien-être (51%), à l’oxygène (47%), voire même au repos (42%).

Générateur avéré de bien-être, le végétal transforme la contrainte en plaisir
La nature aurait donc le pouvoir de réconcilier les Français avec ces lieux publics anxiogènes que sont les centres commerciaux bien-sûr, mais aussi les gares ou les aéroports… Analyse d’une tendance par deux experts  :
Alain d’Iribarne, Président du Comité Scientifique d’Actineo, Directeur de recherche au CNRS

  • Un environnement peut-­il véritablement influencer le bien-­être d’une personne, voire son niveau de résistance au stress ?
    « Pour un salarié, le bien-être au travail est essentiel. Il dépend tout à la fois de son environnement social et de son environnement physique. Lorsque l’un de ces deux facteurs est négligé, les salariés se retrouvent face à des situations de stress. Cette observation est valable bien au-­delà du milieu professionnel. Les Français, et les citadins en particulier, ont besoin de lieux de vie qu’ils peuvent investir et qui sont synonymes de détente et de liberté. C’est pour cela que l’on peut considérer l’aménagement d’espaces de nature dans la morphologie globale de la ville comme une véritable demande sociale. Les jardins sont des espaces propices à la déambulation où chacun peut se réapproprier l’espace et le temps. »
  • Le végétal / le vert est-­il un outil au service de la qualité de vie des personnes résidant dans un environnement urbain ?
    « D’abord, n’oublions pas que les Français sont fondamentalement « terriens », ils ont besoin de la nature… et sans doute encore plus en ville. L’environnement urbain et les espaces publics en particulier, n’échappent pas à la demande sociale. Mais il s’agit d’aller plus loin que la simple mise en pot de quelques arbres dans un espace bétonné pour répondre aux besoins des citoyens. Ces lieux : centres commerciaux, gares, aéroports, etc… doivent être conçus et pensés, avec à l’esprit cette nécessité de trouver une continuité entre l’intérieur et l’extérieur. La nature doit faire partie intégrante des projets architecturaux. Il est question de proposer aux citoyens des lieux de vie de qualité mais aussi de socialisation où le végétal prend toute sa place. »

Xavier  Laureau, Directeur des Jardins de Gally

  • Constatez-vous une augmentation du nombre de consultations émanant de la part de lieux accueillant du public ?
    « Les demandes vont croissantes. Certaines foncières misent sur le végétal pour se différencier, conscientes de l’impact positif qu’il procure dans  » l’expérience client ». De plus, le vivant – flore, mais aussi faune, eau et sol –  devient un élément identitaire, qui dépasse l’échelle de l’espace public ou du centre commercial. Un Établissement Recevant du Public (ERP) paysagé peut devenir le fer de lance d’un quartier et contribuer à redéfinir son identité. C’est le cas de Beaugrenelle. Cependant, les demandes interviennent encore trop souvent à la fin des projets. Or le vivant doit être considéré dès l’amont. C’est la raison pour laquelle nous développons les missions de conseil et de conception portées par le Bureau d’Études de Gally. »
  • Quelles sont les tendances en matière de végétalisation de ces espaces (murs végétalisés, arbres, ruches…) ?
    « Dans la ville dense, les espaces publics comme les gares concentrent les flux. C’est là que s’implantent en priorité les nouveaux centres commerciaux. Les murs végétaux et les paysages d’intérieur, entretenus de manière écologique, sans pesticide, permettent de marier le vert et le gris. En périphérie des villes,  les retails parks et les aéroports deviennent des lieux de vie. L’enjeu est là d’intégrer ces espaces au paysage : les noues paysagères permettent de réduire l’imperméabilisation des sols et les toitures végétales se modèlent suivant les formes du relief. D’une manière générale, nous voyons émerger des demandes en matière d’ilots de repos végétalisés, comprenant mobilier et design végétal. Nous disposons d’un catalogue d’artistes et designers du végétal qui produisent de grands gestes, des sculptures érigées comme emblème des centres. Nous voyons par ailleurs une intégration de plus en plus forte de la biodiversité. Les ruches en sont un symbole. La démarche va beaucoup plus loin : sélection d’espèces locales, hôtels à insectes et entretien 0 pesticide. Enfin, nous sommes de plus en plus sollicités pour des missions de conception-­réalisation-­entretien : les opérateurs font appel à nous en tant qu’expert capable de concevoir un espace innovant dont la maintenance est considérée en amont, d’aménager l’espace en parfaite conformité avec le dessin vendu et de le faire vivre dans le temps. »

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