fév 162012
 

Pour la première fois, la démarche d’élaboration d’une Liste rouge régionale des espèces menacées a été appliquée aux oiseaux nicheurs d’Île-de-France, selon les critères définis par l’UICN. Ce premier état des lieux révèle une situation particulièrement préoccupante : 39 espèces sur 151 évaluées sont actuellement menacées dans la région, soit plus d’une espèce sur quatre !

L’élaboration de cette Liste rouge régionale a permis de mesurer le degré de menace qui pèse sur l’avifaune reproductrice de la région. Pilotée par Natureparif et réalisée par un groupe d’ornithologues experts, elle reprend la méthodologie officielle établie par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) et constitue une référence nouvelle et standardisée de la situation des oiseaux nicheurs d’Île-de-France. Ce travail a également intégré les données du programme STOC (Suivi Temporel des Oiseaux Communs) initié par le Muséum national d’Histoire naturelle, à partir desquelles sont calculés les taux d’évolution des populations.

151 espèces évaluées
Sur les 178 espèces d’oiseaux qui se reproduisent en Île-de-France (ou s’y sont reproduits depuis 1950), une catégorie de menace a été attribuée à 151 d’entre elles. Les espèces introduites et les nicheurs accidentels n’ont pas été évalués. Le constat est alarmant !
Dix espèces sont déjà considérées comme disparues de la région au cours des 50 dernières années (ex : la Bécassine des marais, le Butor étoilé ou le Râle des genêts). Quatorze sont « en danger critique d’extinction » (ex : la Sarcelle d’été, le Busard cendré ou le Guêpier d’Europe), 7 sont classées « en danger » (ex : le Cochevis huppé, le Phragmite des joncs et la Fauvette pitchou) et 18 sont « vulnérables » (ex : le Vanneau huppé, l’Alouette lulu ou le Gobemouche noir).
Ce sont donc 39 espèces qui sont actuellement menacées dans la région soit plus d’une espèce sur quatre. Un constat à rapprocher de celui de la Liste rouge des oiseaux menacés de France, publiée en mai 2011, puisque la situation francilienne s’aligne sur la situation nationale : dans les deux cas, ce sont un peu plus du quart des espèces nicheuses qui sont menacées.

Danger pour les oiseaux des milieux agricoles
La Liste rouge réalisée au plan national, comme celle d’Île-de-France, met en évidence le mauvais état de santé général d’un grand nombre d’espèces spécialistes des milieux agricoles. Il s’agit majoritairement d’espèces insectivores, particulièrement affectées par l’usage des pesticides qui les prive de leur ressource alimentaire. C’est un véritable enjeu pour l’Île-de-France, dont plus de la moitié du territoire (51%) est occupée par des espaces agricoles. On peut citer parmi les nicheurs franciliens les plus emblématiques de la dégradation de ces milieux le Cochevis huppé ou encore le Pipit farlouse. Élément concordant : 6 espèces parmi les 10 éteintes de notre région sont des espèces qui dépendaient des espaces ruraux agricoles. Certains, tels les Busards cendré et Saint-Martin pâtissent principalement des fauches précoces et de l’appauvrissement du milieu, mais ils bénéficient de programmes de surveillance (suivi de leurs nids), de l’arrêt des rodenticides et de la sensibilisation croissante des agriculteurs.

L’effet de la raréfaction des zones humides
Les espèces de zones humides sont aussi très fragilisées. Pour preuve, 4 des 10 espèces disparues de la région ces 60 dernières années sont inféodées à ces milieux (Bécassine des marais, Butor étoilé, Guifettes noire et moustac) et 7 des 13 espèces « En danger critique d’extinction » (dont la Rousserolle turdoïde, le Canard souchet, la Sarcelle d’été et la Sterne naine) sont des espèces se reproduisant dans les milieux aquatiques. En Île-de-France ces habitats ne représentent plus qu’environ 2% du territoire contre 5% il y a plus d’un siècle. Très localisées, ces zones humides relictuelles concentrent des espèces sur de petits territoires. Les roselières ne sont notamment plus assez vastes et nombreuses pour favoriser le développement des espèces qui leur sont liées comme le Busard des roseaux, la Locustelle luscinioïde ou le Blongios nain. De plus, les plans d’eau sont fréquemment trop artificialisés pour accueillir la reproduction des canards de surface. Citons tout de même le réaménagement écologique de nombreuses carrières en eau (notamment par la création d’îlots favorables à leur reproduction) en Île-de-France, qui bénéficie à des espèces menacées comme le Fuligule morillon ou la Nette rousse.

En forêt, un bilan mitigé
En ce qui concerne les espèces forestières, le résultat est quasiment le même qu’au niveau national. Mieux encore certaines espèces comme la Grive musicienne ou le Grosbec casse-noyaux sont en augmentation. En revanche, les populations de Pie-grièche grise et de Pic cendré, affichent un déclin rapide et encore mal expliqué. Elles sont donc déclarées « en danger critique d’extinction ». Le déclin des populations régionales de Pouillot siffleur et de Mésange boréale s’inscrit dans un contexte plus vaste, probablement lié en partie aux changements climatiques.

Des mesures de conservation qui portent leurs fruits
Pour d’autres espèces, telles que la Chouette chevêche ou l’Œdicnème criard, le développement de programmes de conservation spécifiques permet d’obtenir des résultats satisfaisants en Île-de-France. En effet, ces deux espèces ne sont plus directement menacées dans la région.
Cette Liste rouge pose donc les premières bases d’une meilleure connaissance des espèces menacées de la région et encourage la poursuite et l’accentuation des efforts de protection des espèces mais aussi et surtout de leurs habitats et de leurs ressources alimentaires. Car on ne saurait protéger efficacement une espèce sans préserver d’abord l’habitat dont elle dépend, et son bon état de fonctionnement.

  3 Responses to “Plus d’une espèce d’oiseaux nicheurs sur quatre menacée en Île-de-France”

  1. Ma ville de Sèvres et Boulogne billancourt viennent de s’inscrire à la LPO, je trouve cela très bien e très utile même si, étant dans un milieu très urbain, nous n’avons pas une grande diversité d’oiseaux.
    Dans mon jardin j’ai des merles, des grives, des mésanges charbonnières et bleues, un couple de rouge-gorge, des accenteurs mouchets et troglodytes sédentaires; en hiver, toujours des pinsons et des mésanges nonettes plus des mésanges à longue queue qui font des virées plusieurs fois dans l’hiver, et en été, toujours un couple de fauvette à tête noire et de pouillots.
    Un couple de pigeons ramiers nichent depuis plusieurs années dans le robinier et cet hiver, une dizaine de pigeons de rues sont venus se nourrir au « resto-piaf » sur la table du jardin.
    Bonne soirée

  2. Merci Alain pour cet article sur les espèces d’oiseaux de plus en plus menacées dans notre pays. Raison de plus pour que chacun d’entre nous s’efforce de prendre soin des oiseaux qui fréquentent notre environnement immédiat… A propos de troglodyte mignon, nous avons le plaisir d’en voir un fréquemmment dans le jardin où il trouve sans doute vivre et couvert… Bonne journée Shuki

  3. passionant …et indispensable, cette étude ! à souligner aussi que, face à la bonne volonté de beaucoup d’agglomérations de communes, qui ont pris conscience de la nécessité de maintenir non seulement des espaces de nature, mais que ces espaces soit reliées entre eux, existe un paradoxe de plus en plus fréquent : ces zones sont très fréquentées par les humains, puisque les dits espaces sont amménagés à la fois pour une « protection » de la nature et pour la promenade et les sports « doux » tels que marche à pied, vélo et équitation. et ces passages d’humains sont souvent très proches des lieux où toutes ces petites bestioles sont censées trouver un refuge et la sécurité.
    grâce à l’une de ces promenades, j’ai quand même réussi à voir, récement, un couple de troglodytes mignons prendre son bain dans un petit fond d’eau claire, mini plage d’un ru voisin de chez moi ….

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